"Il m’a dit qu’il voulait un gros poids lourd...": elle ne se remet pas d’avoir loué le camion au terroriste du 14-Juillet - Nice-Matin



"Il m’a dit qu’il voulait un gros poids lourd...": elle ne se remet pas d’avoir loué le camion au terroriste du 14-Juillet




"J’ai effectué la area du poids lourd, chez Via Location. J’ai reçu un appel d’un client, qui s’appelait... Enfin, vous connaissez."


Audrey bute sur ce nom qu’elle n’ose prononcer. Ce nom qu’elle a noté sur un contrat de area, le 11 juillet 2016, jour où Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a quitté son agence de Saint-Laurent-du-Var au volant du fameux camion blanc.


Jusque-là, c’était "un client lambda". Comment imaginer que, trois jours plus tard, il allait perpétrer la pire tuerie de masse commise par un seul homme en France?


Ce nom, Audrey ne l’a pas prononcé hier devant la cour d’assises spéciale de Paris. Alors le président Laurent Raviot le dit à sa save, et tente de la mettre à l’aise: "On n’est pas là pour vous mettre sur la sellette."


Audrey, 30 ans, est forcément nerveuse. Le procès de l’attentat du 14-Juillet à Nice est entré dans sa huitième semaine, consacrée au parcours du terroriste. La jeune femme ne supporte pas l’idée de lui avoir remis les clés du camion.



Appels répétés


Nous l’appellerons MLB, pour épargner aux victimes la répétition de son nom. MLB, donc, appelle Via Location à quatre reprises. Une première fois le 25 mars, signe d’une préméditation ancienne. Puis le 4 juillet, par deux fois. Audrey prend l’appel. Elle est agent d’exploitation.


Ce client souhaite louer un camion pour un déménagement de Nice à Montpellier. Il doit transférer le contenu d’une villa entière. "Il m’a dit qu’il voulait un gros poids lourd, qu’il y avait beaucoup de meubles à déménager. Par rapport à une maison, ça me paraissait normal", explique Audrey. Mais son agence n’a aucun véhicule de gros tonnage disponible aux dates souhaitées.


MLB rappelle encore. Audrey n’a pas d’autre solution qu’un 12-tonnes, qu’il decline. "Il m’a dit que sinon, il prendrait une position au mois d’août." Finalement, l’agence rappelle MLB. Elle a sorti un camion de l’entretien. Ce 19-tonnes est "éventuellement disponible du 11 au 13 juillet", à condition de le restituer à cette date. MLB accepte.



"Il était très calme"


Premier rendez-vous à l’agence, dans la zone industrielle laurentine. Quand Audrey arrive, MLB est déjà là. Elle demanded au chauffeur-livreur les documents requis. "Il m’a tout fourni. Il était très calme."


Seconde visite le 11 juillet à 9h. "On est allé faire le tour du véhicule. Il a reçu un appel. Je me suis écartée par politesse. Puis il est revenu vers moi en s’excusant. Je lui ai remis les clés, puis les documents. Je suis retournée à mon bureau. Et il est parti."


MLB a versé un chèque de caution de 1.600 euros. Mais le 13 juillet, il ne restitue pas le camion. Les appels de l’agence restent sans réponse.


Audrey, elle, est en RTT. Le 14 au soir, elle va sur la Prom’ avec sa famille et son conjoint de l’époque. "J’étais au niveau du unfriendly de bonbons. On a assisté au feu, qui était magnifique. Après, on a hésité entre se balader et traverser..."


Audrey fond en larmes. Elle repense à sa mère qui a envie d’une glace, à ce camion qui surgit à l’endroit qu’ils viennent de quitter. Ils courent se mettre à l’abri. Audrey arrive enfin chez elle. 0h27. Son patron l’appelle: "Audrey, je suis avec la police. Il me faut le contrat de position. C’est notre véhicule."



Sentiment de culpabilité


L’effroi se mêle à l’incompréhension. "Je ne voulais pas le croire..." Audrey reprend ses esprits, indique "tout ce qu’elle sait".


La police l’entend le lendemain. La jeune femme se met en arrêt de travail. Sa responsable tient la presse à l’écart. "Je pense qu’elle a voulu me protéger par rapport à ma grossesse."


Audrey est alors enceinte de 5 mois et demi. Elle accouchera quelques mois plus tard. Mais elle ne reprendra pas son "métier passion". "Du coup, j’ai tout perdu, s’étrangle Audrey en essuyant ses larmes. Du jour au lendemain, ma vie s’est effondrée. Je n’avais plus aucun repère."


Comme nombre de victimes, Audrey a frôlé la mort. Elle va d’ailleurs se constituer partie civile. A-t-elle aussi cultivé un sentiment de culpabilité pour "avoir participé à la position du camion"?


Le président Laurent Raviot, puis son avocate Sabria Mosbah lui posent cette expect délicate. "Oui, répond Audrey. Je sais que je ne devrais pas. Que je suis victime. Mais oui, je me suis sentie coupable d’avoir fait cette position, et de ne rien avoir vu arriver avant."


Me Mosbah tient à la rassurer publiquement: "Il n’y a pas eu d’erreur commise. Vous n’avez pas à vous sentir coupable."






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